TBT: Mon bac
J’AI PEUR
D’ECHOUER ?
Le matin du
20 juillet 2015, mon père m’envoya acheter du poulet me disant ‘’Va acheter le
poulet du bac, si tu n’as pas ton bac, tu me rembourseras mon argent, tu as
donc intérêt à avoir ton bac, ce soir’’ Il me stressa de plus bel, je ne
m’attendais pas à un coup pareil et le suppliait d’attendre les résultats
avant. Ensuite à 12h-13h, mon père mon
frère et moi, allions chercher ma mère à l’aéroport d’Abidjan, elle revenait du
Rwanda, il était à peine 13h, et mon père jugea bon qu’on se rende directement
au Lycée classique, le centre ou j’avais composé pour le bac, et c’est ce même
jour que les résultats sortaient, on y est donc allé tous ensemble pour mon
plus grand regret, car j’avais envie d’affronter seule cet échec qui me
paraissait si évident après une année chaotique, disons ! Mais ils ont
tenu à être là pour me soutenir !
On s’y est rendu et après et bon moment, l’heure fatidique
arriva ! ‘’CANDIDATS APPROCHEZ !’’ entendait-on.
Mais, moi je reculais. Et mon grand-frère me pressait pour qu’on aille devant.
On commençait par la série A je crois,
et on entendait dès lors les noms des admis, et les cris de joie qui vont avec,
j’étais heureuse pour eux, quoique affreusement inquiète de mon sort !
Mille et une question se bousculaient dans ma tête, on aurait dit que j’étais
dans le rang, au jugement dernier, et que je me refaisais le film de ma vie, là
c’était le scénario de mon année scolaire, tout ce que je disais à Dieu c’est
‘’Seigneur, je ne t’en voudrais pas du tout si j’échoue, je pleurerai certes,
mais jamais je ne t’en voudrais de mes propres erreurs, si je n’ai pas mon bac,
je me mettrai au travail, je te le promet. Mais si j’ai le bac, vraiment ce
serait une grâce de ta part’’. On attendait encore, on entendait toujours des
cris de joie de certaines personnes, on voyait aussi des gens qui étaient
stupéfaits de n’avoir pas entendu leur nom, et des gens qui se rendaient
vraiment compte qu’on allait jamais dire leur nom, en tout cas pas pour aujourd’hui,
et se mettaient à pleurer, puis il y avait les gens qui ne connaissait pas
encore leur résultat, ces gens étaient hyper anxieux, stressés, comme moi, c’était
une ambiance bizarre, la joie et la peine cohabitaient, d’un côté, ceux qui
sont fous de joie, d’un autre ceux qui sont terriblement déçu, triste, en
colère contre le monde, mais ces sentiments étaient individuels, l’un ne
pouvait en aucun cas agir véritablement sur l’autre. On passa ensuite à la
série C, puis à celle de D, je me rappelle que mon frère et moi étions arrêtés
au milieu, c’est-à-dire que nous étions éloignés, et que nous étions perturbés
par les bruits que faisaient les admis, notamment l’un d’entre eux, qui étaient
arrêtés près de nous, qui après avoir entendu son nom, a crié et sauté dans
tous les sens, disant ‘’L’onction est ici hein !’’ Lol, ça nous a vraiment
fait rigoler, et m’a détendue, un temps soit peu, mais on a été obligés de
quitter le lieu d’onction pour se rapprocher, car il y avait trop de bruits, on
n’y entendait rien ! Bref, donc, il y a eu la mention Bien, tous les admis
ont été cités par ordre alphabétique, puis la mention Assez bien, et enfin,
nous autres, les passables, il y avait des listes, et le chef de centre chargé
de proclamer les résultats, a annoncé qu’on était à la dernière liste, celle-ci
terminée, se serait la fin de cette séance, et les candidats n’ayant pas
entendu leurs noms, pouvaient vraiment prier qu’il y ait eu une erreur. On
était donc à la dernière liste, la tension montait, mon estomac se nouait, je
priai sans cesse, mais je continuai à dire au Seigneur ‘’Je ne t’en voudrais
pas, au contraire ! Alors que ta volonté se fasse’’ Mais en même temps, il
y avait en moi un espoir, une voix qui me disait ‘’Tu l’auras, ne t’inquiète
pas, tu l’auras ce bac’’, et plus il disait les noms, ‘’Koffi, Konan, Konaté,
Koné, Kouadio…’’ plus j’avais l’oreille bien tendue pour l’entendre prononcer
le mien, et j’entendis ‘’Kouadio Lydia Grace N’gouan’’ et je sentis un poids me
quitter, et mon frère disait ‘’C’est fini ma petite, c’est fini !’’ mais
je n’avais plus aucune force, je me sentais faible physiquement, mais remplie
de joie, de soulagement, de reconnaissance et ce mélange d’émotion, me donnait
les larmes aux yeux, je me mis à courir, mais je ne pouvais aller bien loin, je
n’arrivais plus à bien respirer tant j’étais essoufflée, la joie m’inondait,
toute mon énergie avait été récupérée par le stress, et maintenant ou je devais
me lâcher, je n’avais de force que pour pleurer de joie, je ne cessai de dire
‘’Merci Seigneur, merci, merci, merci, merci !’’ Seul Dieu pouvait
comprendre que durant mon année j’avais été perturbée, troublée, et j’avais
commis des erreurs énormes, malgré cela, il m’avait fait grâce de ce bac, qui
était une bénédiction pour ma famille et moi, la deuxième personne à laquelle
j’ai pensée c’est ma mère, car c’est elle à qui je pense quand j’ai une bonne
nouvelle, ou un scoop, et c’est elle qui était tout le temps sur mon dos, puis
j’ai pensé à toutes les personnes qui m’ont blessés par leurs propos durant mon
année, et je me réjouissais, qu’il n’ait pas eu raison, Dieu avait prévu mes
erreurs, pour que toute la gloire lui revienne, et que je sache qu’en lui seul
je devais me confier ! Je vous épargne les détails sur comment j’ai mangé
le poulet de ce matin-là ! C’était que de grâces de la part de l’Éternel !
Aujourd’hui
cela fait deux ans, que j’ai eu mon bac, mais je suis encore à la traine, j’ai
l’impression que pour moi, c’est cette année que tout commence, c’est comme-ci
je vais avoir mon bac aujourd’hui, et je vais devoir m’orienter ! Après
deux ans vous dites-vous ! Oui, il a fallu deux ans pour que je me rende
compte que le système éducatif dans lequel nous sommes est un gouffre, on nous
mange à la même sauce, on nous met sur un pied d’égalité, pourtant nous sommes
tous différents, avec des rêves et objectifs différents, mais, bon nombre
d’entre nous étudiants, ne savent pas réellement leur vocation, et se laisse
entrainer là où le vent les mènent, je trouve bien dommage, qu’à un niveau bac,
un élève ne sache pas ce qu’il veut être, ce qu’il veut faire, tout simplement
parce qu’étant enfant, il a dû exprimer ou partager sa vision, d’être par
exemple danseur, et le système au lieu de l’encourager, à étouffer cette
vocation, qu’il a fini par oublier et en substitut, il fera après le bac, une
filière qui ne lui dit pas grand-chose, mais qui est bien vu dans la société !
Bref encore ! A tous les nouveaux bacheliers, poursuivez vos rêves, et
brillez, si ce rêve est que vous deveniez pêcheur, vendeurs, inventeurs,
savants, bricoleurs, comptable, plombiers, médecin, fleuriste, coiffeur, ou
artiste, allez-y, ne perdez pas votre temps à vous laisser engloutir dans la
masse, faites ce que vous aimez, et aimez ce que vous faites, c’est
l’essentiel, surtout faites-le non pas pour les hommes, mais pour Dieu qui vous
a créés avec vos potentialités, et a qui vous devez tout ! Et peu importe
l’issue de ces résultats, gardez votre objectif bien en tête et
travaillez ! Ainsi pour répondre à la question de mon titre, je n’ai pas
envie d’échouer, mais je n’ai pas peur d’échouer, j’ai peur d’abandonner mes rêves,
mes objectifs, d’être démotivée, comme je le disais dans l’article précédent ‘’Changer
le monde’’ c’est l’une des pires choses qui puisse arriver à quelqu’un ! Un de mes profs de lycée a dit un jour ‘’Quand
on sait ce qu’on veut, on ne fait pas ce qu’on veut’’. Sur ce restez FOCUS, on est ensemble !


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